mercredi 14 janvier 2026

LE STUDIO PHOTO DE NANKIN

                                                                                                                 

  séance avec débat



  




LE STUDIO PHOTO DE NANKIN
(VO)

7 janvier 2026 en salle | 2h 17min | Drame, Guerre, Historique
De Ao Shen 
| Par Ao Shen, Luyang Xu
Avec Liu Haoran, Xiao Wang, Ye Gao
Titre original Nanjing Zhao Xiang Guan


JEUDI 15 JANVIER 2026

20h30


AG du 22 janvier. 19h Au cinéma 





AG du 22 janvier. 19h Au cinéma Ordre du jour


Rapport moral

Rapport d''activité

Rapport financier

Activités à venir

Questions diverses

Election du bureau 


        Comme d'habitude on prévoit de manger ensemble après L'AG avant la projection du soir.


   Pour diffusion SVP.       merci.   John



CINÉ-RENCONTRES VOUS PRÉSENTE SES MEILLEURS VOEUX
ET UNE BELLE ANNÉE DE CINÉMA.

NOUS TIENDRONS NOTRE ASSEMBLÉE GÉNÉRALE LE 22 JANVIER À 19H 
DANS LES LOCAUX DU CINÉMA.

Bonjour à toutes et tous,
Au cinéma jeudi 15 janvier à 20h30 le film "LE STUDIO PHOTO DE NANKIN" de Ao Shen. 



Edwige



Synopsis

Interdit - 16 ans
Au moment de la prise sanglante de Nankin (Chine) par l’armée japonaise en décembre 1937, un jeune homme échappe à la mort en prétendant pouvoir aider l’armée nippone à développer les photos de ses exactions. Il s’installe dans un studio photo qui devient alors un lieu de résistance, et risque sa vie pour sauver des familles et révéler les preuves des atrocités commises.














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en vous rendant sur cette page:

https://cinegraphe.blogspot.com/2015/03/commentaire-mode-demploi.html#more

(Vous trouvez aussi un rappel simplifié en bas de chaque page)



   On est forcé de reconnaître l’exploit technique dans la réalisation de ce film, avec sans doute de très grands moyens financiers, la valorisation du peuple chinois n’a pas de prix. En passant, c’est clairement trop pro-chinois, il ne fallait pas être japonais dans la salle hier soir. Des scènes de massacre très convaincantes, tellement réalistes qu’une spectatrice a failli se trouver mal, on la comprend.  



    Allez voir le film pour vous rendre compte, l’horreur n’a pas de limites, ce dont l’homme est capable dépasse les limites du concevable. Mais ce n’est pas de cela que je voudrais parler. J’ai choisi ce film pour parler de la photographie, activité que j’ai pratiquée depuis de longues années en développant mes propres pellicules en noir et blanc et en couleur, les scènes de laboratoire photographique m’étaient très familières avec les odeurs des produits chimiques et la lumière rouge des ampoules inactiniques, remplacées dans le film par le fleuve Yang Tze, teinté des bains de sang. 



    Une prise de vue est aussi un point de vue, un moment de vérité et un mensonge en même temps. Une des questions posées dans le film est le rôle du photographe et de l’interprète. Photographe et interprète, tirer des photos et traduire, est-ce trahir et collaborer ?



 On capte un instant, ni celui qui le précède ni celui qui le suit et c’est cet instant « objectif » si j’ose dire, qui devient subjectif aussi bien pour le photographe que pour celui qui le regardera. D’autant plus que l’on mettra en place une mise en scène pour servir notre cause. La photo mémoire pour célébrer l’amitié sino-japonaise, la photo de propagande pour fêter la victoire des troupes japonaises, sans le sang mais avec le sourire. L’injonction de sourire aboyée par les commandants japonais aux civils chinois, « souriez, c’est dans la boîte ». Souriez même si le bébé que vous portez dans vos bras est mort, le crâne fracassé au sol parce qu’il pleurait. Synchronisez la pression de vos doigts afin que l’obturateur de l’appareil photo et la gâchette du fusil se déclenchent au même instant, la mort en direct. 



   Les officiers allemands adoraient se faire photographier aux studios Harcourt à Paris pendant l’occupation. Que dire des policiers de L’ICE aux Etats-unis de Trump, les visages cagoulés afin que l’on ne puisse pas les reconnaître ?  L’absence de photographes à Gaza imposée par Netanyahou en dit long sur la déformation de la vérité. On lavera le linge de Nankin et on ne verra plus les traces de sang, resteront les images.
John







True Story Award 2025

AWARD – STORYTELLING

Author: Philippe Broussard

Original Language: French

First Published: Le Monde, France, 2024-08-13

Read: English, Français

Jury Statement: Show

1940-1942, SUR LES TRACES DU PHOTOGRAPHE INCONNU

En 2020, « Le Monde » apprend la découverte d’un album contenant 377 photos de Paris occupé par les Allemands. D’où viennent ces images interdites assorties de commentaires moqueurs ? L’enquête va durer quatre ans. Une série en cinq épisodes pour tenter d'identifier ce photographe qui risquait sa vie à chaque "clic".

EPISODE 1: Le mystère de l’album photo

Tout a commencé le plus banalement du monde, un matin d’août 2020. Ce jour-là, à la brocante de Barjac (Gard), une passionnée de photos anciennes furète d’un étal à l’autre, en quête de raretés. Stéphanie Colaux vient ici chaque année chiner des albums comme il s’en faisait autrefois, avec une couverture épaisse et des images en noir et blanc, aux bords joliment crénelés. Mariages, anniversaires, séjours à la mer… ces instantanés sauvés de l’oubli, parfois de la benne à ordures, sentent le grenier et la nostalgie, ils renvoient à des intimités lointaines, des émotions anonymes. Stéphanie Colaux, cofondatrice d’une société de production audiovisuelle, aime s’imaginer des histoires, des destins, derrière chacun d’eux.
En flânant devant l’un des stands, elle repère un album a priori anodin, et particulièrement mal en point. La couverture plastifiée, très années 1970, montre deux enfants jouant avec une maquette de bateau. Par curiosité, Stéphanie Colaux décide malgré tout de l’ouvrir et découvre alors, stupéfaite, un trésor…
Nous sommes à Paris, entre juin 1940 et mars 1942, autrement dit au début de l’Occupation, à une époque où il est interdit – hors personnes dûment accréditées – de prendre des photos en extérieur. Et pourtant, il y en a là des centaines, 377 pour être précis, pour la plupart numérotées et datées, composant le tableau d’une capitale soumise, saisie par une forme de léthargie. La première, en date du 30 juin 1940, donne le ton en nous montrant une affiche de propagande : le dessin d’un homme en uniforme avec trois bambins, le tout accompagné d’un message rassurant, « Populations abandonnées, faites confiance au soldat allemand ».
La suite est à l’avenant, des pages et des pages d’images petit format (8 × 6 cm) : des officiers arpentent les boulevards ou les quais de Seine en compagnie de jeunes Françaises ; d’autres paradent autour de l’Arc de triomphe ou se pressent au marché aux puces… Aucun d’eux ne pose, tous ignorent visiblement qu’ils sont photographiés. Au verso figurent parfois des indications manuscrites précisant le jour, l’heure et le lieu de la prise de vue, ainsi que des commentaires, des phrases courtes, percutantes, empreintes d’une ironie gouailleuse, très parisienne, le tout en lettres capitales, comme si leur auteur ne voulait surtout pas être identifié.
A lire ces textes, on comprend vite qu’il ou elle n’aime guère les Allemands, alias les « Fritz » ou « nos protecteurs ».
Rue de Rivoli, 30 juin 1940, à 16 h 30 : « Le drapeau allemand flotte, la rue est déserte. Seuls nos protecteurs circulent.»
Devant le Palais de Chaillot, le 4 août 1940, à 18 h 15 : « Les Fritz visitent Paris pendant que les troupes françaises sont aux sports d’hiver dans les Pyrénées. »

Place de la Nation, le 8 juin 1941 à 16 heures : « A la fête de la Nation les Fritz s’étonnent que les “vaincus” s’amusent pendant que les “vainqueurs” s’ennuient… »

En chineuse avertie, Stéphanie Colaux sait qu’elle vient de dénicher une pièce d’exception. Des photos de Paris occupé existent, bien sûr, mais elles nous viennent bien souvent de soldats allemands, ou de professionnels français liés à la presse collaborationniste, donc à la propagande. Celles-ci sont d’un registre très différent, beaucoup plus naturel ; elles documentent au jour le jour, en commentant, un moment d’histoire. L’image et les mots comme défis à l’occupant. Comme mystère, aussi : impossible, à ce stade, d’identifier le (ou la) photographe.

Une autre surprise attend la jeune femme : une fiche de présentation générale est glissée à la première page, une sorte d’introduction rédigée par la personne – elle aussi non identifiée – qui a composé l’album. A l’évidence, l’écriture diffère de celle des commentaires écrits au verso.

Cette main inconnue écrit : « En juin 1940, un promeneur parisien s’est armé de son appareil photo pour fixer de nombreuses scènes de l’armée d’occupation. Il a pris de nombreux risques, il s’est beaucoup promené et de nombreux clichés sont parvenus à Londres. À la Libération, j’ai récupéré dans un réseau de la Résistance un lot important de ces photographies. Elles n’ont aucun caractère militaire, c’est la vie de chaque jour sous la botte nazie. Ce sont des témoignages souvent émouvants. Ayez le courage de les examiner. » En guise de signature, un simple paraphe, un gribouillis indéchiffrable.

« Ayez le courage de les examiner »… A qui doit-on ce message pour le moins intrigant ? Et comment remonter au photographe, le mystérieux « promeneur parisien » ? Stéphanie Colaux informe Le Monde de cette énigme à tiroirs, et c’est ainsi, à la rentrée 2020, que débute l’enquête. Elle va durer quatre ans.

La priorité est bien sûr de consulter des historiens afin de savoir s’ils ont déjà eu vent d’une telle collection, et si celle-ci pourrait porter la marque d’un quelconque réseau de résistants. A bien y regarder, la chronologie des prises de vue réduit nettement le champ des possibles. La première, nous l’avons dit, est datée du 30 juin 1940 ; des dizaines d’autres suivent tout au long de ce même été 1940. Or, à l’époque, les rangs de la Résistance sont très restreints à Paris, capitale vidée d’une grande partie de ses habitants et sous le choc de la débâcle. L’appel lancé depuis Londres par Charles de Gaulle, un général alors inconnu du public, a été peu entendu.

Le seul groupe actif, et encore à l’état embryonnaire, est celui dit du « Musée de l’Homme ». Mais, selon l’historien Julien Blanc, fin connaisseur du groupe en question, ces photos ne sauraient être liées à ces « pionniers ». Sébastien Albertelli, un autre historien, confirme que, à l’été 1940, les seules initiatives de rébellion sont d’ordre individuel. Les images de l’album, même si elles ont transité par un réseau, semblent relever de cette catégorie, et donc être l’œuvre d’une seule personne ou d’un noyau très restreint.
Une certitude, malgré tout : les lieux photographiés dans les premiers mois ne sont pas choisis au hasard ; ils témoignent de l’emprise exercée sur la capitale par les troupes d’occupation. Mises bout à bout, ces images dessinent une sorte de cartographie de leur pouvoir : la 2 et la 9, devant le ministère de la marine, passé sous pavillon allemand ; la 5, devant l’Hôtel de Crillon, un palace devenu le quartier général du gouverneur militaire ; un peu plus loin, la rue de Rivoli et le drapeau nazi sur un autre palace, le Meurice, lui aussi réquisitionné. Sans oublier toutes les autres, devant Notre-Dame, sur les quais de la Seine, au pont de Neuilly.
La variété des prises de vue est d’autant plus stupéfiante que les Allemands resserrent l’étau à l’approche de l’automne 1940. Une ordonnance rendue le 16 septembre dispose ainsi qu’il est interdit de « photographier en plein air, ou du fond d’une enceinte et de l’intérieur d’une maison ».
Les forces du Reich n’ont pas le monopole de la répression. Depuis Vichy, où la devise républicaine « Liberté, Egalité, Fraternité » vient d’être remplacée par le très martial « Travail, Famille, Patrie », le gouvernement français orchestre la traque des réfractaires à l’ordre nouveau. A Paris et en banlieue, tout acte de rébellion devient dangereux. A la date du 30 décembre 1940, on y compte déjà 842 arrestations en flagrant délit et 411 mesures d’internement administratif. Avec des cibles prioritaires : les communistes et les juifs.
En dépit des risques, notre photographe ne renonce pas à traquer les Allemands. C’est à croire qu’il est toujours là, à distance raisonnable, dans leur dos, même lorsqu’il s’agit d’observer, en gare de Sèvres, des chars en partance pour l’Allemagne (n° 121, 27 octobre 1940). Au fil de l’album, les séquences s’enchaînent, comme s’il était en vadrouille des journées entières, avec une prédilection pour le dimanche. Les légendes inscrites au verso – toujours impossible, à ce stade de l’enquête, de savoir si elles sont de la main du photographe ou de celle d’une autre personne – restent empreintes d’un humour caustique. Par exemple le 24 mars 1941, à 10 h 30, aux Tuileries : « Après dix mois d’occupation il y a encore des Fritz qui ne connaissent pas Paris. » Ou ce dimanche d’été où il surprend un officier avec d’élégantes jeunes femmes : « Mr Fritz sur les boulevards ira-t-il à l’hôtel avec les deux poulettes… mystère ?… »
Aucune légende ne mentionne le nom du photographe, pas même un pseudonyme. Pour essayer de l’identifier, mieux vaut sans doute commencer par repartir à la source, autrement dit au propriétaire de l’album, cet autre inconnu qui nous assure, dans sa fiche de présentation, avoir récupéré ce « lot important » à la Libération, « dans un réseau de la Résistance ». S’il est encore de ce monde, ou plus sûrement des membres de sa famille, peut-être sera-t-il possible de glaner des éléments sur le « promeneur parisien » évoqué dans cette même fiche.
L’album ne comportant ni nom ni adresse, nous essayons d’abord d’interroger le brocanteur de Barjac. Peine perdue : celui-ci se fait prier pour livrer la moindre information, laissant juste entendre que cet étrange objet proviendrait d’une maison du sud de la France vidée à la mort de son propriétaire. Insister ne sert à rien : le milieu des « brocs » et autres initiés de vide-greniers a l'art de préserver ses secrets. Autant chercher ailleurs, quitte à replonger dans les photos…
Que nous disent-elles au juste de leur auteur ? Sollicitée par Le Monde, l’historienne Bénédicte Vergez-Chaignon, spécialiste de l’Occupation, les découvre avec stupeur, et se penche à son tour sur le profil du photographe. Avec, en préambule, une remarque de bon sens : si les indications horaires sont bien réelles, comment peut-il se déplacer si aisément d’un endroit à un autre ? Circule-t-il à moto dans le Paris quasi désert et fortement démuni du début de l’été 1940 ? « Cela voudrait dire qu’il a accès à du carburant, ce qui nécessite des bons délivrés par une autorité », relève Mme Vergez-Chaignon.
De la même façon, sa présence devant une multitude de sites sensibles – gares, centres de commandement, convoi d’armement… – a de quoi intriguer. « Comment fait-il pour assister de si près à des défilés allemands et prendre des photos ?, s’interroge l’historienne. Pour un citoyen lambda, c’est impossible. »
La piste du « promeneur » citée sur la fiche de présentation paraît donc peu crédible. Du reste, les « promeneurs » – surtout français – ne sont pas légion, dans le Paris de l’été 1940 : la victoire éclair des Allemands a vidé la capitale de 2 millions d’habitants sur 3 millions, en particulier dans les quartiers bourgeois de l’Ouest. Les voitures sont peu nombreuses ; leurs propriétaires ont filé plein sud.
Les photos témoignent de ce moment si spécial. Elles nous montrent une capitale tétanisée, prisonnière d’un huis clos oppressant. Des Invalides à la Madeleine, partout où se rend leur auteur, les vélos eux-mêmes se font rares. Il faudra encore quelques semaines pour que les Parisiens partis au printemps reviennent. Aucun doute: nous sommes bien à des années-lumière des images de propagande qui donnent à voir un Paris éternel, joyeux et soulagé, où les Allemands s’attablent aux terrasses des cafés. Notre inconnu, lui, fige la vérité : une ville captive, muette.
A l’époque, les appareils miniatures – disons suffisamment petits pour être dissimulés sous un manteau et passer inaperçus – existent déjà, de même que les dispositifs de déclenchement faciles d’utilisation. Mais pour prendre et tirer des photos, il faut des pellicules, du papier, un laboratoire. Or, en ces temps de pénurie, tout est contingenté, contrôlé. « A moins de posséder un stock, ou d’avoir un moyen, légal ou pas, de s’en procurer », souligne Mme Vergez-Chaignon.
Dès lors, pourrait-il s’agir d’un professionnel, un photoreporter par exemple, qui bénéficierait à la fois d’une autorisation des Allemands et du matériel de développement ? Nous soumettons l’hypothèse à une autre historienne, Françoise Denoyelle. Pour elle aussi, ce fonds iconographique constitue une surprise totale. « C’est magnifique, fantastique, vraiment extraordinaire !, s’enthousiasme-t-elle. Mais je ne vois pas qui a pu faire ces photos, et je n’ai jamais eu connaissance de cette histoire. »
A ses yeux d’experte, le cadrage est correct, digne d’un « pro », mais les tirages – sur du papier à bords crénelés et non « droit » – feraient plutôt songer à un amateur averti. Dans un cas comme dans l’autre, Mme Denoyelle se demande, elle aussi, comment il a pu disposer, en quantités si massives de pellicules et de papier… Au-delà, bien des mystères l’interpellent : « Comment pouvait-il approcher à ce point les Allemands ? Et pourquoi courir tant de risques ? Pour certaines prises de vue que vous me montrez, c’était la peine de mort assurée. D’autres, à l’inverse, présentent peu d’intérêt. Pourquoi les prendre ? »
N’y aurait-il donc pas, dans l’album, un détail, si infime soit-il, qui nous mettrait pour de bon sur la voie ? Il faut les classer encore et encore, ces images, les répertorier par séquences, voire les afficher au mur à la façon des policiers confrontés à un « cold case » insoluble, et tenter d’y déceler une cohérence, un parcours, une vérité. Et c’est ainsi qu’un portrait-robot s’ébauche peu à peu... Celui d’un homme, a priori, puisqu’il est écrit « le photographe » à deux reprises dans les commentaires. Sans doute est-il parisien, si l’on en juge par sa parfaite connaissance des quartiers. Qu’il s’agisse d’un professionnel ou non, il maîtrise l’art de la photographie, et possède le matériel nécessaire.
Autres indications : il utilise une moto ou un vélo, et marque souvent des haltes en des lieux « stratégiques » (gares, ponts, carrefours…). Ses zones de prédilection sont l’Ouest parisien (Opéra, Grands Boulevards, Champs-Elysées) où les Allemands règnent en maîtres, et les Hauts-de-Seine actuels, de Sèvres à Courbevoie, un secteur industriel, riche en usines.
A ce stade des investigations, c’est à peu près tout ce que nous savons de lui. Pour le reste, il brouille les pistes. Qu’ils soient de sa main ou pas, les commentaires inscrits au dos d’une majorité d’images nourrissent la part d’ombre de l’affaire. Certains sont très « propres », à l’encre noire ou rouge, mais d’autres ont été grattés puis réécrits, comme s’il avait fallu éliminer tout ou partie du message d’origine au coupe-papier ou à la plume… Pourquoi certains ont-ils été biffés, et pas d’autres, où figurent simplement des numéros (4, 35, 241, 419…) écrits de la même main ? Pour tenter d’accéder aux passages effacés, nous sollicitons une société spécialisée, Photon Lines, dotée d’appareils utilisés notamment sur les scènes de crime. Mais le grattage est si profond, pour ainsi dire dans la chair du papier, que les textes restent indéchiffrables.
L’enquête se poursuit sur Internet, dans l’espoir d’y repérer, en France ou ailleurs, des livres ou des articles citant le nom d’un photographe oublié. Les moteurs de recherche n’ont pas à fouiner bien loin de Paris pour suggérer une piste : le Musée de la Résistance nationale (MRN), à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne) ! Celui-ci détiendrait une collection de photos étrangement comparables à celles de l’album : même époque, même format, même genre de légendes, avec ou sans grattage. Sur le site du MRN, elles sont présentées comme issues du « fonds Daniel Leduc ». Serait-ce notre inconnu ?


EPISODE 2 : A la recherche du commandant Leduc

C’est une photo pour l’histoire, une image en noir et blanc qui renvoie au Paris occupé de la seconde guerre mondiale. Trois militaires allemands se tiennent debout devant un plan du métro, à l’entrée de la station Richelieu-Drouot. Deux d’entre eux sont de dos. Le troisième, un officier, apparaît de face, jetant un regard surpris en direction du photographe. A-t-il senti sa présence derrière eux ? S’apprête-t-il à le poursuivre, à l’arrêter avant qu’il ne se fonde dans la foule des grands boulevards ?
Cette photo, qui figure dans l’album acheté dans une brocante gardoise en 2020, ne comporte ni date ni légende, mais un simple numéro, le « 7 », inscrit au dos. C’est pourtant bien elle qui va nous ouvrir une piste inespérée… En effectuant des recherches sur Internet, nous découvrons en effet qu’une image identique, elle aussi numérotée « 7 », existe au Musée de la Résistance nationale (MRN), à Champigny. Avec une différence majeure, cependant : cette fois, figurent au verso une légende – quelques lignes en lettres capitales – et une datation précise. Il est écrit : « Mr Fritz n’a pas l’air content d’être photographié. Regardez son air aimable… Vue prise le 14 juillet 1940 14 h 15. »
Vérifications faites, cette photo n’a rien d’une exception : de nombreuses autres, également conservées à Champigny, semblent comparables, par leur nature et leur format, à celles de l’album. À croire que les deux collections se complètent pour composer un ensemble d’une extrême richesse.
Sur son site, le musée présente ses images comme étant issues du « fonds Daniel Leduc », sans autre indication. Pour savoir s’il s’agit du photographe, nous entrons donc en relation, en 2021, avec les équipes du MRN, alors dirigées par l’historien Thomas Fontaine, spécialiste de cette période. L’idée est de comparer les collections, et de déterminer l’origine de celle du musée.
A Champigny, le MRN occupe une bâtisse moderne et fonctionnelle, en bordure de rivière. Dans l’une des salles, les visiteurs peuvent contempler quarante-deux photos sélectionnées dans le fameux « fonds Daniel Leduc ». Un panneau entier leur est consacré.
Le ton des légendes rappelle celles de notre album : des phrases percutantes, empreintes d’une ironie mordante.
Le 21 juillet, le photographe est à l’Arc de triomphe : « Les “Fritz” rendent hommage au Soldat inconnu tué par eux en 1914-1918. »
Le 12 août, le revoici à la Concorde : « Beaucoup d’Allemands… Journaux allemands, vendeurs allemands, ou causant allemand. »
Le 20 octobre, à 17 h 30, il monte à Montmartre, où la foule se presse sur les marches du Sacré-Cœur : « Il y a plus de Fritz ici que de Parisiens. »
Au total, le « fonds Daniel Leduc » du musée comporte un bon millier de photos, certaines en plusieurs exemplaires. Ajoutées aux 377 de l’album, elles forment une masse si imposante qu’il faudrait sans doute des mois pour tout inventorier, classer, analyser. Heureusement, les numéros inscrits au verso (de 1 à 703) permettent d’affiner le comptage. Quelque 700 photos différentes ! Même s’il y a des manques ici ou là, l’ampleur exceptionnelle de la collection se confirme.
La précision pointilleuse des indications (lieu, date, horaire) aide aussi à fixer la chronologie des prises de vue, du 30 juin 1940 au mois de juillet 1942, et non à mars 1942, comme nous l’avions supposé au début de l’enquête. Vingt-cinq mois, peut-être même un peu plus, à photographier en douce des passants, des militaires, des rues, des gares…
Thomas Fontaine, le directeur du MRN, estime que nous détenons là un trésor sans commune mesure avec le travail des photographes professionnels engagés dans la collaboration. Avec notre inconnu, pas de triche ni de mensonge, rien de comparable entre son Paris en souffrance et celui, paisible mais mensonger, immortalisé par exemple par André Zucca pour le journal Signal, organe de la propagande allemande; la ville apparaît à l’état brut, dans toute sa grisaille, sa peur, ses compromissions.
Se pose maintenant une question cruciale : qui est Daniel Leduc ? Serait-ce un policier, comme le suggèrent certains sites Internet sur la foi d’indications obtenues auprès du MRN ? M. Fontaine admet son embarras : en fait, il n’en sait rien. D’après lui, ces photos sont parvenues au musée en 1999, soit bien avant son arrivée à la direction, et n’ont peut-être pas été répertoriées comme elles auraient dû l’être. « Pour déterminer leur origine et identifier Daniel Leduc, précise-t-il, nous avons entrepris des recherches dans nos archives. Hélas, nous n’avons retrouvé qu’un seul document, une lettre manuscrite. »
Cette lettre, datée du 7 août 1999, est signée d’Albert Giry, une figure de la Résistance communiste dans la Seine-Saint-Denis. Ce jour d’été, il écrit au conservateur de l’époque, Guy Krivopissko : « Cher Guy, ci-inclus un don du Commandant Leduc Daniel 8 rue Romain Rolland 55 100 Verdun, qui par mon intermédiaire l’adresse à notre musée. Il s’agit de photos prises sur le vif pendant la seconde guerre mondiale à Paris. »
A la demande de Thomas Fontaine, une collaboratrice du MRN a bien essayé, en 2020, de localiser le donateur, le « commandant Daniel Leduc », mais ses démarches n’ont pas abouti ; il n’y avait personne à ce nom à l’adresse indiquée à Verdun. « On peut supposer que ce monsieur est mort », regrette Thomas Fontaine. Albert Giry – l’intermédiaire dans ce don – étant lui aussi décédé, la porte se referme sitôt entrouverte.
Le Monde a tout de même poursuivi les investigations sur le « commandant Leduc » cité dans la lettre de 1999. Etait-ce un membre des forces de l’ordre qui aurait profité de sa liberté de circuler pour prendre des photos ? Les historiens de la police et de la gendarmerie consultés affirment n’en avoir jamais entendu parler.
Les Pages blanches de recherches téléphoniques ne sont pas d’un grand secours non plus. Les Leduc que nous appelons – quelques dizaines – n’ont aucun lien de parenté avec notre inconnu. Les riverains de la rue Romain-Rolland, à Verdun ? Inutile d’insister, la maison du 8 a changé d’occupants depuis des lustres. Seul un voisin se souvient vaguement avoir aperçu, un matin, « il y a longtemps », des « jeunes » évacuant des meubles « comme à la mort d’une personne âgée ». Bref, l’enquête piétine, le « commandant Leduc » reste un fantôme.
Un soir du printemps 2021, une énième plongée dans les tréfonds d’Internet nous oriente malgré tout vers la liste des adhérents d’une association d’ex-militaires. Parmi eux, un certain « commandant Daniel Leduc » domicilié en Lorraine. Un autre membre de l’association s’engage à nous mettre en relation avec lui, sans toutefois garantir qu’il s’agisse de la bonne personne.
Cinq jours s’écoulent, et puis, un mercredi après-midi, le téléphone sonne : « Daniel Leduc à l’appareil, vous avez essayé me joindre ? » La voix n’est pas celle d’un vieillard, plutôt d’un retraité encore vaillant. A-t-il pour autant un lien avec le « fonds Daniel Leduc », ces centaines de photos conservées à Champigny ? Sa réponse fuse : « Oui, bien sûr ! Je les ai données en 1999 à M. Giry pour qu’elles soient transmises au musée. J’ignorais qu’ils avaient fini par les exposer, car je n’ai jamais eu de nouvelles après ce don. Je les tenais de mon père, Paul Leduc, qui avait participé à la Libération de Paris comme militaire dans un service de renseignement. Je les avais récupérées après son décès, en mai 1995. Si vous passez dans la région, je vous raconterai tout cela…»
Daniel Leduc n’est donc pas décédé, comme le pense le directeur du musée. La semaine suivante, nous voici même chez lui, dans une petite ville des environs de Nancy. C’est un homme de 75 ans, sympathique au possible, sorti de l’armée avec le grade de commandant dans les années 1990.
Son père, lui aussi, a servi la France, et de fort belle manière. Son relevé de carrière est là, sous nos yeux, une brassée de documents sépia étalés sur la table de la salle à manger : Leduc Paul, né à Paris en janvier 1921 ; engagé volontaire à 20 ans ; formé en Afrique du Nord au parachutage et au renseignement ; intégré aux services spéciaux en 1943 ; enrôlé en février 1944 pour une mission d’infiltration en France occupée ; quitte Alger en sous-marin pour rejoindre l’Espagne, puis la frontière française ; mis à la disposition, en mars, du réseau militaire SSMF-TR (renseignement et contre-espionnage) dans l’Est et en région parisienne.
A la libération de Paris, en août 1944, Paul Leduc continue d’œuvrer pour les services de renseignement, plus précisément pour le bureau de sécurité militaire (BSM) 407, puis à la direction générale des études et recherches, autrement dit l’ancêtre de l’actuelle DGSE. Il quittera l’armée vingt-huit ans plus tard, en 1972, avec le grade de colonel. Dans ses vieux jours, il vivra avec son épouse à Jacou, tranquille commune de l’Hérault.
Son fils Daniel est l’aîné d’une fratrie de huit. A la mort de son père, en 1995, c’est bien sûr lui, le commandant en retraite, l’homme d’armée, qui a hérité de ses archives, en particulier une caisse contenant des piles entières de photos. « Je ne savais pas qu’il avait tout cela, précise Daniel Leduc, et j’ignore l’identité du photographe. Mon père parlait peu de la guerre. Il s’est toujours montré discret sur ses activités. Je me trompe peut-être, mais je pense que ces photos avaient été saisies auprès de la Gestapo. En les découvrant, je me suis dit qu’il serait stupide de les garder, et j’ai donc profité du passage de M. Giry à Verdun, en 1999, pour lui demander de les donner au musée. Je n’ai jamais entendu parler d’un album avec le même genre de clichés. Je ne connais que ceux transmis au musée de Champigny. Voilà, vous savez tout… »
Aucun des Leduc, fils ou père, n’est donc le photographe. L’étude du dossier militaire de Paul, en partie disponible au Service historique de la défense, à Vincennes, ne nous apprend rien de plus; il n’y est pas question de photos saisies, que ce soit dans les locaux de la Gestapo ou ailleurs. Nous en sommes là, au mois de juin 2021. Avec la satisfaction d’avoir au moins déterminé l’origine du « fonds Daniel Leduc » conservé au MRN, mais toujours incapables d’identifier le photographe.
Dans sa fiche de présentation, le propriétaire de l’album – lui aussi inconnu – nous a lancé un défi. Rappelons ce qu’il (ou elle) écrit en conclusion : « Ce sont des témoignages souvent émouvants. Ayez le courage de les examiner. » Ces mots au ton un rien solennel se concluent par un simple paraphe, un gribouillis impossible à décrypter, comme sur ces documents administratifs ou ces notes de service signés à la va-vite par un décideur pressé.
C’est à ce moment-là, au lendemain du rendez-vous chez Daniel Leduc, qu’une sorte de miracle va se produire, un de ces déclics qui ouvrent d’autres horizons d’investigation. En fouinant dans ses archives, l’ex-commandant déniche en effet un mot rédigé autrefois par son père, Paul, une banale invitation à venir passer des vacances en famille à Jacou, dans le Sud. Sous ces quelques lignes, une signature, ou plutôt un paraphe. Et là, surprise : ce paraphe est le même que celui de la fiche de présentation de l’album ! Autrement dit, grâce à Daniel Leduc, nous découvrons ce jour-là que le propriétaire de l’album, l’inconnu qui nous invite à avoir le « courage » d’examiner l’incroyable travail documentaire du « promeneur parisien » n’est autre que son père !
Les 377 images de l’album et celles détenues par le Musée de la Résistance nationale ne forment donc qu’un seul et même fonds provenant par deux chemins différents d’une source unique, Paul Leduc. Ce dernier n’est pas le photographe, nous le savons, mais il a contribué à transmettre l’œuvre. Reste à savoir comment il a bien pu se retrouver, lui, le jeune agent du BSM 407, en possession de tant de photos en 1944.
« J’ai récupéré dans un réseau de la Résistance un lot important de ces photographies », résume-t-il dans la fiche de présentation. Pourquoi en sélectionne-t-il 377 dans un album, tout en laissant des centaines d’autres dans une caisse en bois ? Sa veuve, toujours domiciliée dans l’Hérault, n’en a aucune idée, et n’a d’ailleurs pas souvenir de la collection. Quant à leur fils Daniel, il se demande comment un album si précieux, dont il ignorait lui aussi l’existence, a pu atterrir sur l’étal d’un brocanteur. Peut-être pour nous inciter à persévérer en l’ouvrant à nouveau…
Pareille quête n’est pas sans risque. Plus on s’y investit, plus la traque devient enivrante, obsédante même. Que veut-il dire, cet inconnu, en nous entraînant dans sa frénésie d’images ? Comment expliquer ces multiples tirages ? Et quel sens donner à ces maraudes incessantes ? Il est partout : à l’Arc de triomphe, aux Invalides, devant la tour Eiffel, à Neuilly, Sèvres ou Courbevoie.
Le Paris où il s’aventure est celui des Allemands, de leurs lieux de pouvoir ou de loisirs. Les Français, eux, sont peu présents : pas de café, peu de magasins, quelques files d’attente, mais rien, par exemple, sur les métros bondés, les boutiques fermées. Les Parisiens que l’on aperçoit ici ou là sur les trottoirs ne sont que des silhouettes furtives saisies à la volée, dans l’ombre de l’occupant.
Cette quasi-absence dit tout de l’époque. Elle trahit l’effacement des habitants de la capitale en cette période charnière, comme si la sortie de la « drôle de guerre » les avait relégués au second plan, figurants de leur propre histoire. Pour l’immense majorité de la population, la priorité n’est pas de résister, mais de survivre, d’apprendre à faire avec. Les pénuries sont telles (lait, beurre, farine, sucre, viande…) que le rationnement a été instauré dès septembre 1940. Trouver de quoi manger est devenu l’obsession quotidienne. L’heure est au chômage, au système D, à l’activité économique au service des Allemands. Sans parler de l’hiver à venir, qui s’annonce glacial, sans bois ni charbon.
Le photographe ne nous montre pas vraiment cette réalité, il la suggère à sa façon. De l’aube au couvre-feu, il est notre œil au cœur de la grisaille, un jour devant l’entrée des Galeries Lafayette, un autre aux Tuileries. Dans son objectif, les Allemands monopolisent l’écran ; ils ont leurs restaurants, leurs cinémas.
L’une des images, perdues dans la masse, retient particulièrement l’attention, la « 75 ». Datée du 1er septembre 1940 à 18 h 50, elle a pour cadre, une fois de plus, la place de la Concorde. Au premier plan, un officier allemand et une femme. Epaule contre épaule, ils semblent penchés sur un livre ou un plan de la capitale. A l’arrière, une ombre se dessine au sol : celle du photographe. Ses bras n’étant pas levés, on en déduit qu’il tient son appareil à hauteur du ventre ou de la poitrine ; sans doute le cache-t-il même en partie sous un vêtement ample. Cette photo est la seule où il apparaît, comme pour nous inviter à le suivre encore et encore.

EPISODE 3. Renée Damien, la vendeuse du Printemps qui détestait les « Fritz »

Cet homme-là est une ombre, un passe-muraille. On croit l’approcher, il s’éloigne. On pense l’identifier, il s’éclipse. Le Paris occupé du début des années 1940 est son maquis, sa jungle ; il nous pousse à le suivre sans jamais se dévoiler, égrainant dans son sillage de troublants indices : au moins 700 photos prises à la volée, complétées au verso de commentaires aigres-doux. Avec lui, les Allemands sont des « Fritz », les Françaises jugées trop dociles des « poulettes », voire des « morues », et Paris un théâtre permanent. Il faut bien la connaître, et sacrément l’aimer, cette ville, pour y plonger de la sorte, au mépris du danger, puis la saisir à l’état brut, dans toute la laideur de l’époque. Une arrestation et c’est la prison, voire la mort ou la déportation.
Les commentaires ajoutent au côté unique de la collection. Dans l’iconographie de l’Occupation, il n’existe aucun autre exemple où les mots viennent à ce point donner un ton, une unité, voire une coloration politique, aux images et en orienter la lecture. Ils disent la détermination, le courage, et une forme de résistance. Sans eux, bien des photos pourraient paraître « neutres », peut-être même ambiguës, tant elles placent le spectateur à proximité des Allemands. Ainsi légendées, elles gagnent en caractère, en puissance d’évocation, et nous entraînent chaque jour davantage à la poursuite de leur auteur.
Pister pareil risque-tout a un côté étourdissant. L’affaire vire vite à l’obsession, à la quête effrénée d’indices passés inaperçus. Scruter sans cesse les images. S’interroger sur les commentaires, envisager un sens caché, voire un langage codé. Noter les dates, les horaires, les lieux. En déduire qu’il se déplace sans doute à vélo ou à moto, qu’il a donc le droit et les moyens de le faire en ces temps d’interdictions et de pénurie de carburant. Se demander s’il dispose d’un appareil miniature, caché sous un vêtement, équipé d’un système de déclenchement ingénieux. Dresser une carte de ses périples puis en conclure qu’il habite l’ouest de la capitale, ou sa très proche banlieue, et sort souvent le dimanche. Déceler derrière chaque prise de vue, chaque légende plus ou moins grattée, un défi à l’ennemi.
En cours d’enquête s’ouvre une piste inespérée, sans lien, cette fois, avec Paul Leduc, le personnage central de l’épisode précédent. Nous apprenons en effet qu’un livret de 82 pages, intitulé Paris humilié, 1940-1941. Chronique photographique inédite en 101 clichés, a été publié en septembre 2020 par un éditeur angevin, Les Editions du petit pavé. L’auteur, un historien amateur du nom d’Albert Hude, y reproduit des images provenant de toute évidence du même inconnu ! Autrement dit, il n’y a pas deux lots de photos, comme nous le croyions, mais trois. Même s’il y a des doublons, la mine paraît sans fond, l’intrigue plus enivrante que jamais.
Nous entrons en relation avec Albert Hude, un septuagénaire qui a longtemps vécu en Ile-de-France avant de se retirer en Eure-et-Loir, département où il peut s’adonner à sa passion, l’histoire de la Résistance locale. C’est d’ailleurs en discutant avec un « ancien » des environs qu’il a eu connaissance, début 2018, de l’existence d’étonnantes photos. « Ce monsieur me dit qu’un certain Jean Baillon, âgé de 88 ans, détient des clichés pris à Paris au début de l’Occupation, raconte Albert Hude. J’ai voulu en savoir plus. » Jean Baillon ne saurait être le photographe, puisqu’il n’avait que 9 ans en 1939, mais son témoignage va apporter des éléments inédits, en particulier sur sa mère, Renée Damien, ex-vendeuse au rayon parfums d’un grand magasin, Le Printemps, à Paris. Le personnage féminin de l’histoire.
Pour mesurer son rôle, il faut revenir en 1990. Cette année-là, la vieille dame s’éteint à l’âge de 81 ans au Pradet (Var). Quand son fils Jean entreprend de vider son appartement, il découvre dans un meuble un étui en tissu violet et, dans cet étui, 117 photos datées de juin 1940 à juin 1941. Il se souvient alors que sa mère lui avait un jour confié les avoir obtenues auprès d’un ami, un homme à la fois curieux et courageux, prêt à tout pour photographier Paris occupé.
Jean Baillon ignore le nom de cet ami mais assure qu’il avait fini par être arrêté par la Gestapo avant de mourir en déportation. A l’entendre, c’est sa mère, Renée, qui avait rédigé les commentaires inscrits au dos des photos. En les lisant, le vieil homme dit d’ailleurs reconnaître l’ironie grinçante de cette femme de caractère, Parisienne pur jus, résolument hostile aux « Fritz ».
Albert Hude brûle d’en savoir davantage sur le photographe. Où se procurait-il des pellicules et du papier ? Disposait-il d’un laboratoire ? Comment faisait-il pour approcher les Allemands ? Appartenait-il à un réseau ? Malheureusement, au moment où l’historien amateur se lie d’amitié avec Jean Baillon, celui-ci est déjà très âgé. Sa mémoire vacille, il croit juste se souvenir que ce passionné de photo avait imaginé un dispositif astucieux pour dissimuler son appareil dans un banal cabas et l’actionner à l’aide d’une commande. Difficile de dire si tout cela est véridique ou si l’octogénaire transmet en toute bonne foi une légende familiale un peu trop romanesque. Toujours est-il qu’il confie sa collection à Albert Hude, et l’autorise à la publier.
Jean Baillon s’est éteint en septembre 2022, dans un Ehpad des environs de Chartres, mais nous disposons grâce à lui de bribes de renseignements sur le photographe, semble-t-il arrêté à Paris par la Gestapo puis déporté. Sauf qu’aucune des recherches menées dans les archives ou auprès de spécialistes de l’Occupation ne permet de trouver mention d’un Français accusé d’avoir pris environ 700 photos et qui aurait connu ce destin. Il ne reste plus qu’à enquêter sur la femme par laquelle ce troisième lot nous est parvenu, Renée Damien, en espérant que cela nous conduira à son « ami » photographe.
Est-elle vraiment, comme le prétendait son fils Jean, l’autrice des commentaires rédigés en écriture cursive sur les photos conservées dans l’étui ? Et pourrait-elle être aussi celle des textes, en lettres capitales cette fois, des deux autres lots, celui de l’album et celui du MRN ? Le Monde a soumis l’énigme à une graphologue renommée, Christine Navarro, experte auprès des tribunaux. Sa conclusion : tous les textes sont l’œuvre d’une seule personne et cette personne ne saurait être Renée Damien ! « Je suis formelle », insiste Mme Navarro, après avoir comparé les commentaires avec divers documents personnels signés de la main de la vendeuse du Printemps.
Ce mystère n’est pas le seul concernant Renée Damien. Comme son ami photographe, celle-ci reste en partie dans l’ombre, échappant aux outils d’investigation. Son nom n’apparaît ni dans les fichiers de résistants, ni dans les dossiers de la Préfecture de police de Paris, ni sur « Mémoire des hommes », la très riche base de données du ministère des armées. Il nous a fallu plusieurs mois, et l’aide du service des archives du Printemps, pour reconstituer son parcours.
Née en janvier 1909, à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne), Renée Damien se marie très jeune avec un dénommé Maurice Baillon, poissonnier. De cette union naîtra le petit Jean, le 16 juillet 1930. Mais le couple ne tarde pas à se séparer. Renée, réputée indépendante, place son garçon dans diverses institutions, à Paris puis du côté de Chartres, auprès de la famille paternelle. En 1932 et 1933, elle travaille rue Saint-Lazare, dans un magasin de bonneterie. L’année d’après, la voici à deux pas de là, au rayon beauté du Printemps.
Lors de ses pauses déjeuner, la jeune femme court les boutiques du passage du Havre, une galerie marchande voisine du Printemps. Elle s’y rend si souvent qu’elle finit par s’éprendre, dans les années suivantes, d’un vendeur de bas et lingerie, Jacques Ben David, un trentenaire issu d’une famille juive de Salonique, en Grèce. Veuf depuis la mort de sa jeune épouse, il habite Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) avec plusieurs de ses proches. Lui aussi a un enfant, Jacqueline, née en 1935.
En 1939, quand la France pense encore être en mesure de vaincre l’Allemagne d’Hitler, Jacques Ben David s’enrôle dans la Légion étrangère, mais la « drôle de guerre » emporte vite ses illusions. Dès le mois de juin 1940, Philippe Pétain annonce l’armistice, les Allemands s’emparent de Paris, déserté par une partie de la population. Renée et Jacques, eux, sont toujours là ; elle, au Printemps, lui, passage du Havre. Seule la petite Jacqueline a pu être mise à l’abri auprès de sa marraine, à Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques).
En juin 1941, après un an d’occupation, la situation du couple devient intenable, surtout pour Jacques, conscient des menaces pesant sur les juifs. Renée lui trouve alors des faux papiers pour se rendre à Lyon, en zone dite « libre », au sud. Renée Damien, de son côté, cherche à quitter le Printemps au plus vite. Le directeur du personnel, Edmond Rachinel, va l’y aider ; il sait que son compagnon est juif et qu’elle doit le rejoindre sans tarder. Il favorise donc son passage en zone sud et sa mutation express à Lyon, où il a prévu pour elle une place chez Prisunic, une autre enseigne du groupe. Jacques, lui, travaillera sous une identité d’emprunt dans une usine de fabrication de pièces détachées pour Citroën.
En octobre de cette même année 1941, ils se marient à Avignon. Pourquoi Avignon ? Mystère. Idem pour les activités non professionnelles de Renée de 1941 à 1944. Est-elle en relation avec la Résistance ? Impossible de le savoir. Seule certitude : à la fin de la guerre, le couple restera vivre à Lyon, avec Jacqueline, venue les rejoindre en provenance du Pays basque. Bien plus tard, ils s’installeront plus au sud, au Pradet (Var), dans une maison puis en appartement. Ils mourront à six ans d’intervalle ; elle en 1990, lui en 1996. Nulle trace, dans ces chemins de vie, de faits de résistance, d’un nom de réseau, juste un couple d’anonymes, inconnus des historiens.
Etaient-ils tous les deux liés au photographe, ou ce dernier était-il un ami de la seule Renée ? Pour le savoir, il ne reste qu’un témoin potentiel : Jacqueline, la fille de Jacques. Si elle est encore de ce monde, cette dame doit avoir 88 ans. Interrogé à son sujet, Jean Baillon en gardait un excellent souvenir, mais pas de coordonnées. « Je crois qu’elle était mariée avec un avocat de la région lyonnaise », disait-il, sans autre indication. La retrouver est d’autant plus crucial que de nombreuses photos ont pour cadre le quartier parisien où son père et Renée travaillaient autrefois. Du Printemps aux Galeries Lafayette, de la gare Saint-Lazare aux Grands Boulevards, il y en a une bonne trentaine, bien davantage si l’on pousse jusqu’à la Madeleine ou la place de la Concorde.
Ben David est un patronyme très commun. Facebook et Google en proposent une multitude, aussi bien aux Etats-Unis, en Israël qu’en France, mais pas une seule Jacqueline susceptible de correspondre à la fille du marchand de soieries, sans doute plus connue sous son nom d’épouse. Au terme de six mois d’enquête, Le Monde l’a tout de même localisée à Villefranche-sur-Saône (Rhône), où son époux fut effectivement un avocat de renom.
Quand nous la rencontrons, un après-midi de décembre 2021, cette dame à la mémoire vive se prête volontiers au jeu des questions sur Renée Damien, sa défunte belle-mère, mais elle n’a jamais entendu parler de photos. « Je découvre cette histoire », admet-elle avant d’étaler quelques images personnelles sur la table basse du salon : Renée sur un rocher de bord de mer, posant en star hollywoodienne ; Renée dans un jardin, tout sourire, en maillot de bain une pièce ; Renée et Jacques à la terrasse d’un café… « C’était une femme intelligente, une forte personnalité”, commente Jacqueline.
Entre elles, la guerre n’a jamais été un sujet de confidences. La mort en déportation d’une partie de la famille Ben David restait une blessure profonde qu’il fallait éviter de raviver : « Renée parlait peu de cette période, mais elle détestait les Allemands, les “Fritz” comme elle les appelait.»
A ce stade des investigations, fin décembre 2021, un surprenant personnage féminin – Renée Damien, la vendeuse du Printemps – émerge donc à l’avant-scène de notre histoire. Mais le photographe, lui, demeure insaisissable. Au fond, il est un peu comme ses prises de vue, relativement rapprochées dans les premiers temps, à l’été 1940, puis plus éloignées après le mois de septembre de la même année, quand les autorités renforcent les interdictions. L’Occupation lui pèse, la passivité ambiante le révulse. Au dos de la photo 210 (place de la Concorde, 14 avril 1941, 17 h 45), il est écrit: « Trahison, lâcheté, fuite éperdue, ces quatre mots expliquent pourquoi les drapeaux hitlériens flottent à Paris depuis 11 mois ».

EPISODE 4: Courbevoie, le fief du photographe inconnu

Le jeu de piste ne finira donc jamais… Après des mois et des mois de recherches, quelques surprises et bien des impasses, l’énigme demeure : qui est l’auteur de centaines de photos – environ 700, sans compter les différents tirages – prises à Paris et en banlieue entre 1940 et 1942, en pleine Occupation ?
« Vous êtes certain qu’il n’était pas allemand ? », nous ont demandé plusieurs historiens, un brin sceptiques. Après tout, il fallait bien envisager une telle option, si dérangeante fût-elle : imaginer un soldat du IIIe Reich passionné de photographie, saisissant au jour le jour, et plus ou moins clandestinement, le quotidien de ses compatriotes dans une capitale soumise ; des instantanés d’histoire, en somme. Mais non, à bien y réfléchir, pareil scénario ne devait pas, ne pouvait pas tenir : il y avait ces commentaires rédigés au verso, par lui-même ou par une autre personne, truffés de mots trop français – « fritz », « fridolins », « poulettes », « salopards »… – pour être nés d’une main étrangère.
Dix fois, cent fois, nous avons classé ces images par dates, lieux, créneaux horaires, types de tirage et de papier, jusqu’au moment où une évidence s’est imposée, si flagrante qu’elle avait fini par nous échapper : une seule n’a pas été prise en extérieur. Pour une fois, l’auteur n’arpente pas la place de la Concorde, il n’est pas sur les Grands Boulevards ou au marché aux puces, mais dans un immeuble ou une maison. Sous ses yeux, rien que de très banal, a priori : un pan de mur, un arbre au feuillage dense – ce doit être le printemps ou l’été – et les fenêtres des bâtiments voisins. Au verso, ces précisions à l’encre noire, dignes d’un roman d’espionnage : « Bécon, poste d’observation, vue sur la cour. »
Bécon est un quartier de Courbevoie, ville de la proche banlieue ouest, omniprésente sur les photographies. Aucune autre commune, hormis Paris, n’apparaît davantage. Des soldats de la Wehrmacht aux abords d’un manège pour enfants ? Courbevoie. Un graffiti « A bas Hitler » ? Courbevoie. Et maintenant cette annotation « poste d’observation, vue sur la cour ».
En 1940, Courbevoie compte 46 000 habitants. C’est une cité populaire et dynamique, située à dix minutes en train de Paris - Saint-Lazare. Le secteur de la Défense n’a rien du quartier d’affaires que l’on connaît de nos jours ; il n’est pas encore hérissé de tours géantes. Ouvriers et techniciens s’activent à hauteur d’homme, dans une myriade d’usines et d’ateliers.
Sur les hauteurs de Courbevoie, en suivant les voies ferrées, s’étend le paisible quartier de Bécon, avec ses pavillons en meulière et ses résidences. L’immeuble où fut prise la photo existe toujours ; grâce à Google earth nous avons fini par le trouver au 36, rue du 22-Septembre. Un bâtiment parmi d’autres, six étages et un code d’accès, à deux pas de la gare de Bécon-les-Bruyères.
Nous y voici, un matin d’hiver. Plus de 80 ans après notre mystérieux photographe, c’est une sensation émouvante d’accompagner ainsi pareil fantôme. L’impression de marcher dans ses pas, de pousser avec lui la porte métallique, de gravir l’escalier à ses côtés, presque de sentir son souffle, puis de l’imaginer dans un appartement ou dans la cage d’escalier, ouvrant une fenêtre, appareil en main, l’œil aux aguets. Face à lui, les feuillages d’un arbre et tout autour plusieurs bâtiments, un peu comme dans le film Fenêtre sur cour (1955), d’Alfred Hitchcock, où James Stewart, un photoreporter coincé chez lui une jambe dans le plâtre, espionne le voisinage au téléobjectif. Le nôtre n’était peut-être pas un professionnel, mais il aimait repérer, pister, épier.
Un après-midi de janvier 2023, nous glissons dans les boîtes aux lettres de l’immeuble un courrier de présentation de notre démarche : identifier l’appartement d’où l’image a été prise, avec l’espoir de remonter à l’auteur de celle-ci et de lui rendre hommage en reconstituant son histoire. Trois jours plus tard, une propriétaire se manifeste : cette photo a été prise de sa fenêtre ! La jeune femme promet de se plonger dans les actes de propriété, afin de voir s’il y est fait mention des propriétaires ou des locataires des années 1940. Mais ces vérifications, tout comme celles menées au service des hypothèques, n’aboutiront pas. L’unique source exploitable est le recensement de 1936. Rue par rue, adresse par adresse, tous les Courbevoisiens sont répertoriés : nom, âge, profession.
Cette année-là, en plein Front populaire, douze appartements sont occupés au 36, rue du 22-Septembre. Il y a là des familles, comme les Mellot ou les Molina, des couples sans enfants, tels que les époux Labarre, ainsi que trois femmes seules, plus âgées. Les messieurs sont ajusteurs, blanchisseurs, polisseurs ; les dames, sténodactylos ou employées de bureau. Pas de photographe dans la liste.
A priori, aucun de ces noms ne renvoie non plus à des faits de résistance connus. Leurs descendants, identifiés et interrogés un à un, affirment n’avoir jamais eu vent d’un photographe, amateur ou professionnel, dans les annales familiales. Cet immeuble était-il vraiment pour lui un « poste d’observation » ? Si oui, pour “observer” qui ou quoi ? Il n’y a pas eu d’attentat ni d’événement notable à cette adresse, et personne ne peut dire s’il surveillait l’une ou l’autre des vingt-cinq fenêtres visibles sur l’image. Bref, même si les indices s’accumulent, les preuves manquent. A peine croit-on en tenir une que notre fantôme s’évapore déjà, éternel fugitif, brouillant les pistes avant de resurgir ici ou là des semaines plus tard.
Ainsi, l’étape suivante mène à nouveau au Musée de la Résistance nationale (MRN), à Champigny, où un indice inespéré va éveiller notre attention. Nous savons que les équipes du MRN détiennent, depuis 1999, une partie importante de la collection. Or, à l’occasion d’une visite au musée, à l’été 2023, nous apprenons que des images du même fonds iconographique, mais ne concernant pas toutes la période de l’Occupation, ont été laissées dans des enveloppes sans être exposées ni étudiées. Au total, il y en a une centaine, pour la plupart sans intérêt. Malgré tout, une dizaine d’entre elles ont de quoi intriguer. Datées des années 1930, elles sont légendées de la même façon, avec la même écriture et les mêmes fautes que celles en notre possession. Autrement dit, le photographe était déjà actif avant-guerre, et cela pourrait nous aider.
Ainsi, le 17 juin 1934, il assiste à l’inauguration d’un monument à Verdun (Meuse), plus précisément à la cote 304, haut lieu des combats de la Grande Guerre. Sur l’une des photos prises à cette occasion, six hommes posent fièrement, coiffés d’un béret, médailles au revers du veston. Au verso, cette légende, fautes d’accent incluses : « Verdun Cote 304 - La delegation de l’U.N.C. de Courbevoie a l’inauguration du monument. »
De nouveau Courbevoie... Mais cette fois avec une piste : l’Union nationale des combattants (UNC), une puissante association de vétérans, qui revendique alors plus de 8 600 sections locales et régionales. Forte d’environ 850 000 adhérents, elle diffuse des bulletins mensuels, ainsi qu’un hebdomadaire. Certains de ses membres, résolument anticommunistes, ont participé aux émeutes du 6 février 1934, à Paris, aux côtés des ligues d’extrême droite. Par la suite, l’UNC évoluera, et bien des poilus de 14-18 rallieront la Résistance, mais, dans le contexte éruptif des années 1930, l’organisation s’affiche à droite toute.
Avouons-le : à ce moment de l’enquête, cette découverte vient noircir le tableau, au point de nourrir le doute. Voici bientôt trois ans que nous pistons un présumé héros, trois ans à grappiller des bribes d’information, à consulter des registres jaunis, des mains courantes, des sites mémoriels, à le croire jeune, plein d’audace et d’humour, à penser qu’il a dû mourir dans un camp, brave jusqu’au dernier souffle ; trois ans à se dire qu’il avait pour amie Renée Damien, une femme courageuse, rebelle en diable, mariée à un juif… Le scénario parfait, le film idéal, tragique mais idéal. Et soudain, l’ombre brune de l’année 1934, le spectre d’un profil opposé.
Et si notre héros était un « collabo », une fripouille dont les photos, prises pour certaines si près des Allemands qu’elles pourraient en devenir suspectes, avaient été récupérées, puis commentées, par une autre personne ou un groupe de résistants ? Après tout ce sont elles, les légendes, qui nous incitent sans cesse à interpréter ce long « reportage » comme un acte de rébellion, la marque d’un héroïsme fou. Peut-être faut-il voir là une leçon de l’histoire, cette science qui invite à la nuance en nous rappelant qu’un personnage, si flamboyant soit-il dans notre imagination, garde sa part d’ombre.
Ainsi, ce fameux jour de juin 1934, près de Verdun, le photographe se trouve auprès de la délégation de Courbevoie de l’UNC. On peut même supposer qu’il en fait partie, ou qu’il accompagne l’un des six poilus alignés devant l’objectif. Ils le regardent, ils lui sourient, ils se connaissent. A moins, autre option, qu’il soit l’un d’eux, et qu’il ait confié un instant son appareil à une autre personne, le temps de poser avec ses amis. Jamais, depuis la séquence de l’immeuble de Bécon, le but de notre enquête n’a paru si proche. Sauf que les archives de la ville de Verdun ne comportent aucun document recensant les participants à l’inauguration du monument de la cote 304. Idem à Courbevoie où les dossiers de la section de l’UNC ont disparu depuis longtemps.
Les portes ont beau se fermer une à une, un profil se dégage tout de même : celui d’un ancien militaire, ou d’un militaire en exercice, en tout cas d’une personne ayant ses entrées dans ce milieu. A l’évidence, il a une connaissance pointue des blindés puisqu’il en montre souvent, assortis de commentaires teintés d’amertume. Le 22 septembre 1940, à 14 h 45, il se tient sur un quai de la gare de Saint-Cloud, derrière un soldat allemand occupé à surveiller un convoi. Au verso, ce texte : « Monsieur Fritz admire les tanks français qui partent en Allemagne. Des trains entiers passent tous les jours dans cette gare. »
Une dizaine d’autres photos ont pour cadre l’Arc de triomphe, lieu cher aux vétérans de la Grande Guerre. A plusieurs reprises, le photographe assiste à la cérémonie quotidienne de la flamme, en fin d’après-midi. Prudent, il se positionne à distance des Allemands venus en curieux, mais il a le courage d’être là. Reste à savoir à quel titre : en tant que spectateur ou au nom d’une organisation, par exemple la section « Courbevoie » de l’UNC ? A l’époque, les associations d’anciens combattants se relaient pour assurer la continuité du rituel. Vérifications faites auprès des responsables actuels de la flamme, les archives internes n’évoquent pas la venue de la section courbevoisienne de l’UNC.
La présence du photographe à proximité du tombeau du Soldat inconnu va tout de même dans le sens d’une autre hypothèse : il pourrait s’agir d’un policier ou d’un gendarme, à vélo ou à moto, voire en side-car, décidé à profiter de ses missions pour utiliser son appareil à l’insu des Allemands. Après tout, s’il se trouve dans des lieux publics (monument, place, pont, gare…), devant des musées ou aux barrages dressés aux portes de la capitale, c’est qu’il a le droit et les moyens de se déplacer ainsi. Cette piste est d’autant plus envisageable qu’en 1940 le siège des forces de gendarmerie Paris Nord-Ouest, dont la zone de compétence est très étendue, est installé à… Courbevoie.
Nous soumettons donc la collection à un spécialiste de la gendarmerie, le commandant Benoît Haberbusch, docteur en histoire. Bien sûr, rappelle-t-il, des gendarmes ont résisté, en banlieue ouest et ailleurs, mais pas en prenant des photos, du moins pas à sa connaissance. Sur ses indications, nous plongeons néanmoins dans les archives. Des dossiers épais, des milliers de feuillets jaunis, fourmillant de détails sur l’état-major de Courbevoie durant la période 1940-1942. Tout y est : revues d’effectifs, ravitaillement, mesures disciplinaires, mais pas une ligne sur un éventuel photographe. Le moment serait-il venu de renoncer ?

EPISODE 5: l’affaire Minot-Juven, une histoire de héros et de collabos.

Autant le dire d’emblée : son nom est Minot, Raoul Minot, et pareil destin mérite la lumière. Il nous a fallu près de quatre ans pour l’identifier, quatre ans à explorer diverses pistes, à tout envisager, y compris le renoncement. Mais c’est maintenant une certitude : cet homme, né le 28 septembre 1893, à Montluçon (Allier), est bien l’inconnu aux 700 photos prises au péril de sa vie, entre 1940 et 1942, à Paris et en banlieue. Un fonds exceptionnel, peut-être le plus riche qui soit côté français – hors propagande – sur les deux premières années de l’Occupation.
Minot, donc. Un amateur, et non un professionnel de l’image. L’énormité de sa production – près de 1 300 tirages en tenant compte des multiples – la rend unique, totalement différente du travail des professionnels comme Roger Schall ou Robert Doisneau, dûment accrédités auprès des autorités. Minot, lui, n’avait aucun employeur dans la presse, il échappait à tout contrôle. Un fantôme dans l’ombre des Allemands.
La façon dont son nom est sorti de l’anonymat vaut d’être racontée. C’était le 12 avril 2024, un vendredi. Ce jour-là, l’enquête lancée près de quatre ans plus tôt, à partir d’un étrange album photo, paraît s’enliser. Bien sûr, il y a eu des avancées, de belles surprises, mais l’énigme centrale – l’identité du photographe – demeure insoluble.
Avant de renoncer, nous étudions tout de même une dernière fois les éléments glanés sur la seule femme de l’histoire : Renée Damien (1909-1990), vendeuse au rayon parfumerie du Printemps, à l’orée des années 1940. C’est par elle, rappelons-le, qu’une petite partie des images (117) a pu être préservée avant d’être sauvée de l’oubli, en 2018, dans la région de Chartres, grâce à la ténacité d’un passionné d’histoire, Albert Hude. Celui-ci a recueilli auprès du fils de Renée Damien – un homme âgé à la mémoire hésitante – de premiers éléments biographiques sur la vendeuse du Printemps. Ainsi qu’une piste intrigante mais incomplète : d’après le vieil homme, aujourd’hui décédé, l’auteur de ces 117 photos était un ami de sa mère dont il ignorait le nom ; arrêté par les Allemands, cet inconnu serait mort en déportation, sans laisser de traces. Travaillait-il lui aussi au Printemps ? L’hypothèse, déjà envisagée au cours de l’enquête, méritait d’ultimes vérifications dans les archives du magasin, à la recherche d’éléments sur la période 1940-1942.
Début avril, ces investigations de la dernière chance nous conduisent, sans trop d’illusions, vers une poignée d’employés de l’époque, en particulier le directeur du personnel, Edmond Rachinel (1890-1966), connu pour avoir aidé des résistants en leur permettant de se cacher dans les sous-sols du magasin ou en favorisant leur passage en zone sud.
A notre demande, les responsables actuels du service « patrimoine » du Printemps, Alessia Rizzo et Elise Butet, exhument divers documents mentionnant les années de l’Occupation. C’est à ce moment précis qu’une découverte majeure va tout changer.
Ce vendredi 12 avril, les deux jeunes femmes dénichent un livret publié en 1965, à l’occasion du centenaire du magasin. A première vue, rien que de très banal : une publication à usage interne, à la gloire de la « maison ». Sauf que, dans les quatre pages consacrées à la seconde guerre mondiale, une photo retient l’attention. On y voit des Allemands défiler à cheval rue de Rome, face à la gare Saint-Lazare, à 200 mètres du Printemps. Un texte très bref en présente l’auteur comme un certain « Monsieur Minot », un employé qui avait « l’habitude de photographier des Allemands dans divers sites de la capitale », afin de se constituer une « collection », et l’a payé de sa vie.
Or, cette image, nous l’avons déjà vue : c’est l’une de celles en notre possession depuis 2020, la n° 55, prise précisément rue de Rome, le 27 août 1940, à 19 h 25. Ce « Monsieur Minot » est notre inconnu !
Bien sûr, il faut des preuves supplémentaires, des certitudes absolues, mais elles ne vont pas tarder, comme si le fait de disposer d’une identité déverrouillait soudain toutes les portes. Dans une brusque libération de la vérité, des pistes explorées les mois précédents se confirment, d’autres archives affluent de partout : du Printemps, mais aussi du service historique de la défense (SHD) et de la Préfecture de police de Paris. De quoi reconstituer pièce par pièce un puzzle hors d’âge : la vie de Raoul Minot.
Sa jeunesse, pour ce que l’on en connaît, est celle d’un garçon d’origine modeste engagé par le magasin en mars 1911, en tant que vendeur de mouchoirs. L’année de ses 21 ans, 1914, la Grande Guerre éclate ; le soldat Minot s’y distinguera au sein de divers régiments d’artillerie. Promu maréchal des logis, il sera même décoré de la croix de guerre avec médaille de bronze. Sur son dossier militaire figurent quelques précisions physiques : c’est un homme de 1,76 mètre, aux cheveux et aux yeux noirs, dont le visage est jugé « osseux », le front « bombé », le nez « large ».
De retour à la vie civile, Raoul Minot réintègre le Printemps, où travaille depuis peu une jeune caissière prénommée Marthe, originaire de l’Aveyron. Tous deux vivent d’abord à Paris, avant de s’installer, au mitan des années 1920, à Courbevoie, avec leur fille, Jacqueline. Ils commencent par louer un appartement au 48, rue du 22-Septembre, au cœur du quartier de Bécon. L’endroit rêvé : la gare à deux pas, Saint-Lazare à dix minutes.
En avril 1936, la famille emménage dans un autre immeuble, au 36, de la même rue. Ce bâtiment de six étages, nous le connaissons bien, nous y sommes allés, il était largement évoqué dans le volet précédent de cette série : c’est là, d’une fenêtre, que fut prise la fameuse photo accompagnée d’un commentaire digne d’un roman d’espionnage : « Bécon, poste d’observation, vue sur la cour. » Nous avions visé juste en y cherchant, des mois durant, des descendants de propriétaires ou de locataires d’autrefois. Si la famille Minot n’apparaissait pas dans la liste des habitants recensés à cette adresse début 1936, c’est que Raoul et son épouse étaient alors en cours de déménagement, entre deux logements.
Travailler au Printemps, boulevard Haussmann, dans les années 1930 relève du privilège. Cette institution du commerce parisien emploie plusieurs centaines de personnes. Des visiteurs du monde entier viennent en parcourir les rayons, en admirer les vitrines. Le Printemps, c’est Paris, l’incarnation du chic à la française. Raoul y est comme chez lui ; il a même été promu sous-chef aux réserves, les lieux de stockage des marchandises.
Dans le contexte social tendu des années 1936-1937, le vénérable magasin n’échappe pas aux grèves, mais les époux Minot mènent leur carrière sans trop attirer l’attention. Un couple ordinaire dans un lieu extraordinaire, une entreprise florissante, attentive au bien-être du personnel : séjours à l’étranger, fête annuelle à la campagne, bulletin interne (Printania), clubs de sport… Sans oublier un studio photo, doté de tout le matériel requis. Les clients peuvent y déposer leurs pellicules ou s’y faire photographier.
La photo, c’est justement la passion de Raoul ; il est doué, il en prend sans cesse : près de Verdun, en juin 1934, avec des vétérans de Courbevoie ; sur les Champs-Elysées, le 14 juillet 1938 ; en vacances en Italie, en Angleterre, sur la Côte d’Azur.
Arrive l’année 1939. Le maréchal des logis Minot, l’engagé volontaire de 1914-1918 encore imprégné de culture militaire, n’est pas mobilisé pour combattre de nouveau les Allemands. Impossible de dire aujourd’hui s’il en souffre ou pas, mais il est dispensé de guerre. C’est dans l’ombre qu’il vivra ces années noires. Sa seule arme : un appareil photo.
Dès le dimanche 30 juin 1940, soit seize jours après l’entrée des troupes du Reich dans Paris, il photographie une affiche de propagande, puis un peu de tout : deux soldats place de la Concorde, un drapeau nazi rue de Rivoli, les hôtels réquisitionnés, la capitale désertée… En juillet, il récidive, seulement la journée, en raison du couvre-feu, et le plus souvent le dimanche, son jour de congé. Son territoire de chasse s’étend des environs du Printemps (Saint-Lazare, Opéra, Grands Boulevards) à la proche banlieue ouest, son fief.
Où cache-t-il son appareil ? A-t-il bricolé un dispositif pour le déclencher sans attirer l’attention ? Se déplace-t-il à vélo ou à moto ? Et avec quelles autorisations ? Sur ces points logistiques, le mystère demeure entier. Dans l’immédiat, les seules certitudes nous viennent une fois de plus des photos. Il faut dire que Minot a le don de traquer l’intime, de se glisser dans les pas adverses, à l’affût des signes de compromission. Les commentaires inscrits au dos des photos – probablement rédigés par lui-même ou par son épouse – trahissent son indignation en voyant des Parisiennes aux bras d’Allemands : « Vous ne pensiez pas que des “Françaises” étaient tombées si bas ! Place de la Nation 8 juin 1941. 16 h 20. »
Ces mots, à eux seuls, pourraient l’expédier en prison, mais il s’obstine. Avec quel matériel de développement ? Les produits manquent, bien des laboratoires sont à l’arrêt ; difficile, dans ces conditions, de tirer des centaines de photos, pour certaines en deux ou trois exemplaires. Mais Minot, lui, a du papier, et en grande quantité. Pour savoir comment il se le procure, il va nous falloir consulter d’autres documents, cette fois dans les archives de la Préfecture de police (PP), au Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis).
Deux vieux dossiers, que personne n’a sans doute ouverts depuis près de quatre-vingts ans, existent au nom de Minot Raoul. L’un d’eux, référence 207 702, porte le tampon des renseignements généraux (RG). A l’intérieur, des notes manuscrites, des fiches, des rapports remontant à 1942 et 1943. Le versant policier de l’affaire. Et l’ombre d’une trahison…
Commençons par une enveloppe blanche, barrée d’une adresse en lettres majuscules : « MONSIEUR LE DIRECTEUR DE LA PRÉFECTURE DE POLICE SERVICE DES RENSEIGNEMENTS QUAI DES ORFEVRES PARIS ». Suit un texte anonyme daté du 20 novembre 1942. Ecrit à l’encre noire par une main que l’on devine fébrile, il est truffé de fautes et de tournures alambiquées, mais le ton est bien celui de la délation :
« Monsieur, pourriez-vous demander au ménage Minot travaillant tous deux au Printemps – la femme comme caissière le mari chef dans une réserve – si leur emploi les qualifie pour se mettre en devoir de photografier [sic] et en assez grand nombre des affiches de propagande et dégâts causé par raids aériens sur notre pauvre pays.
Il ne serait nous croyons très utile de vous renseigner par l’époque troublée que la France traverse grâce à de nombreux travailleurs d’eau troubles.
J’ai fait mon devoir de vous prévenir en même temps [que] les autorités occupantes, ne croyant pas que ce monsieur soit par son emploi spécialiser pour ce genre de travail.
Nous vous saluons très respectueusement.
PS : les travaux de tirage s’effectus au printemps. Ceci à titre de renseignement. »
Le cachet de la poste mentionne la date du 28 novembre 1942, ainsi que le lieu où ce courrier a été déposé, la gare Saint-Lazare. Le corbeau serait-il un salarié du Printemps voisin ? Nous y reviendrons.
Dès qu’ils prennent connaissance de la lettre, début décembre 1942, les services de la PP diligentent une première enquête, assez rapide, contre les époux Minot. Un policier se renseigne à leur sujet auprès du magasin, puis résume par écrit la situation :
« Ils ne se sont jamais fait remarquer au point de vue politique. Néanmoins, l’attention de la direction a été attirée dernièrement sur l’activité extérieure de Minot. En effet, depuis le 9 août 1940, Minot fait développer au service de la photographie de ce magasin de nombreuses pellicules et chacune d’entre elles à des centaines d’exemplaires tirées, à l’aide d’un appareil photographique ordinaire.
Ces clichés ne reproduisent que des faits saillants de l’occupation de la capitale tels que : défilés militaires, groupes de soldats allemands visitant la capitale, affiches de propagande, panneaux de signalisation, hôtels occupés sur lesquels flotte le drapeau à croix gammée etc.
Devant ces faits inusités, le service intéressé en a avisé la direction qui n’a pas cru devoir intervenir, et n’a pas fait cesser ce travail.
Dans son entourage, Minot prétend travailler pour le compte des autorités occupantes. Toutefois, aucune preuve de ce fait n’a pu être obtenue.
Ces clichés sont certainement destinés à un service de propagande et obligent Minot à des dépenses importantes dont on n’a pu connaître la source.
Au domicile, la famille Minot ne fait l’objet d’aucune remarque particulière et n’attire pas l’attention. Inconnu aux archives judiciaires, leur nom n’est pas noté aux sommiers judiciaires. »
C’est donc au Printemps même, au studio photo, que sont développées les pellicules et tirées les photos. L’auteur du rapport écarte l’hypothèse d’un « travail » au service des Allemands ; lui pencherait plutôt pour une activité clandestine de « propagande ». La passivité de la direction du magasin l’intrigue, de même que les moyens financiers dont dispose ce Minot, qui a pourtant tout d’un citoyen ordinaire.
L’affaire est sérieuse, des investigations complémentaires sont donc confiées à la brigade spéciale numéro 1 (BS1) des RG, spécialisée dans la traque des communistes – ou supposés tels –, des auteurs de tracts et autres journaux distribués sous le manteau.
Le patron de la BS1, le commissaire Fernand David, est un fonctionnaire du genre zélé. A la lecture du rapport initial, il ordonne à deux de ses hommes, les inspecteurs Blondin et Payen, d’approfondir l’enquête. Au cours des jours suivants, ceux-ci accumulent les renseignements, aussi bien au Printemps qu’à Courbevoie. Le 4 février 1943, l’inspecteur Blondin rédige un compte rendu plus complet que le précédent. Tout y est : états civils, adresses successives du couple, parcours professionnel de Marthe… A propos de Raoul, l’inspecteur précise : « Bien que n’ayant aucune autorisation des autorités occupantes pour faire de la photographie, Minot, depuis août 1940, photographie avec un petit appareil d’amateur Brownie Kodak 6/9 des groupes ou défilés de militaires allemands, des affiches de propagande ou d’avis donnés à la population et des habitations détruites par les bombardements aériens.
Depuis cette date, il a fait tirer par les services de photographie du Printemps plus d’un millier de photos. Il en a gardé plusieurs centaines pour lui qu’il garde à titre de collection, comme souvenir. Au dos de certaines de ces photos, il a écrit des légendes se rapportant aux faits photographiés. Il aurait cédé quelques-unes de ces photographies à des employés du Printemps comme souvenirs. En outre, il en a vendu plusieurs centaines à un nommé Juven, également employé au Printemps (celui-ci fait l’objet d’un rapport séparé).
Une visite domiciliaire opérée chez le nommé Minot a amené la découverte et la saisie des photos avec les inscriptions précitées et d’autres qui ont été grattées au dos, mais n’a pas permis la découverte de documents ou tracts, ayant trait à la propagande antinationale. (...) Il est inconnu des divers services de notre direction. Il n’a pas d’antécédents judiciaires. »
Voilà, l’essentiel est là, noir sur blanc, une série de mystères soudain levés. L’appareil ? Un petit « Brownie Kodak 6/9 » de forme cubique, facile à tenir contre sa poitrine. La quantité de photos ? « Plus d’un millier. » Les légendes ? Ecrites par Minot lui-même, et parfois « grattées ». Ses motivations ? Garder des « souvenirs », constituer une « collection ». Reste à savoir si c’est la vérité… Un homme le sait sans doute : ce Louis Juven auquel il aurait vendu « plusieurs centaines de photos ».
Un dossier Juven, référence 207 704, est conservé aux archives de la PP. Il nous apprend qu’au moment de l’Occupation ce quadragénaire, né en 1900, à Grenoble, demeure avec son épouse et leurs deux enfants boulevard Lefebvre, dans le 15e arrondissement de Paris. L’inspecteur Blondin, toujours lui, est persuadé d’avoir vite cerné son profil, a priori inoffensif. Dans une note datée du 8 février 1943, le policier écrit :
« Juven est employé au magasin du Printemps, comme vendeur depuis 25 ans. De très bons renseignements ont été recueillis sur lui tant à son lieu de travail que dans son entourage. Il ne semble pas qu’il se soit livré à une activité politique quelconque. (...) Il a en sa possession plusieurs centaines de photographies représentant des militaires allemands en groupes, défilés militaires, bâtiments détruits par les bombardements aériens, affiches, que lui a vendues Minot au prix de 1.40 pièce et qu’il garde comme souvenirs. Il est inconnu des divers services de notre direction. Il n’a pas d’antécédents judiciaires.
Une visite domiciliaire faite chez lui n’a pas amené la découverte de tracts ou documents ayant prêt à la politique antinationale. Nous saisissons les photographies. »
Ainsi, selon les dires de l’inspecteur Blondin, Minot aurait vendu un très grand nombre de photos – environ 500, numérotées mais sans légendes, d’après un autre document – à Louis Juven, lequel les garderait lui aussi comme « souvenirs » et ne se livrerait à aucune « activité politique ».
Le policier se trompe. En réalité, Juven a bien des « activités politiques », et même un peu plus que cela. Un document retrouvé au SHD, à Vincennes (Val-de-Marne), le prouve : en ce mois de février 1943, ce vendeur au rayon « couvertures » du Printemps est un agent occasionnel de la Résistance, en l’occurrence des Forces françaises combattantes. Son engagement remonte au 1er octobre 1942, soit quatre mois avant la perquisition à son domicile. Des réseaux importants, baptisés « Alexandre », ont parfois eu recours à ses services au sein de leur sous-réseau « Pierre-Jacques ». Est-ce pour celui-ci qu’il récupère des images auprès de Minot ?
Interrogées par Le Monde, les deux petites-filles de Louis Juven, Véronique et Françoise Cordier, se rappellent avoir entendu parler dans la famille d’une affaire de photos. « On racontait que notre grand-père, décédé en 1990, avait contribué à en faire passer à Londres, mais lui-même parlait peu de cette période. Le nom de Minot ne nous dit rien. »
Les policiers ignorent tout cela quand ils s’intéressent aux deux employés du grand magasin. Leur rapport ne conclut pas à une motivation politique. De façon assez étonnante, ils ne s’attardent pas non plus sur la nature, pourtant hostile, des commentaires. Mais les Allemands, eux, jugent l’affaire suffisamment grave pour s’en emparer. Un cadre de la PP s’empresse de transmettre leurs instructions à la BS1 : « Arrêter les deux gars, saisir toutes les photos et mettre à disposition du Service IV E, 11, rue des Saussaies. Exécution. »
Dans la galaxie du système répressif nazi, cette unité de la Sipo-SD (police de sûreté) est celle chargée de la traque des « terroristes », communistes en tête. L’un des officiers, le capitaine SS Ludwig Heinson, récupère le dossier Minot-Juven. Les interroge-t-il lui-même ? Que répondent-ils aux accusations ? Les archives allemandes manquent, mais pas les françaises. Une note émanant du cabinet du préfet nous apprend ainsi que l’arrestation de Minot et Juven s’inscrit dans le cadre de la « répression des menées communistes ». Rien ne dit qu’ils aient effectivement été en relation avec des communistes, mais c’est bien en tant qu’activistes « politiques » que le service IV E traite leur cas.
Sur ordre du capitaine Heinson, les deux Français sont incarcérés à la prison de Fresnes puis au camp de Royallieu, à Compiègne (Oise). Ils resteront peu de temps ensemble dans ces installations par lesquelles transitent des milliers de personnes en attente de déportation. Louis Juven y passe près de deux mois, mais finit par échapper au pire, fin avril 1943. « Je crois qu’il a bénéficié de l’intervention d’un beau-frère chef d’entreprise qui connaissait des Allemands », précise Véronique Cordier, l’une de ses petites-filles.
Raoul Minot, lui, est déporté. Le 20 avril 1943, il embarque dans un convoi de 997 hommes à destination du complexe concentrationnaire de Mauthausen (Autriche). Arrivé sur place quarante-huit heures plus tard, il y sera retenu six mois, sous le matricule 28343, jusqu’à son départ pour Buchenwald, le 17 octobre 1943.
Son passage dans cet enfer a laissé quelques traces : un autre matricule, le 22626, mais aussi des fiches pleines de dates, de chiffres, d’indications biographiques – la mécanique nazie dans toute sa rigueur paperassière. A la main ou à la machine à écrire, les geôliers notent tout : qu’il est né à Montluçon ; que sa famille demeure au « 36, rue du 22-Septembre à Bécon, Seine » ; qu’il possède trois chemises et un manteau ; qu’il a été arrêté pour des raisons « politiques ».
Les déportés français affluent à Buchenwald. L’homme de Courbevoie est l’un d’eux, un corps en souffrance parmi des milliers d’autres. D’abord placé en quarantaine au bloc 61 – l’infirmerie de ce qu’il est convenu d’appeler en interne le « Petit Camp » –, il rejoint ensuite le bloc 14 du « Grand Camp ». D’après les éléments réunis par l’Association française Buchenwald Dora et kommandos, toutes sortes de tâches harassantes lui sont imposées au fil des mois : la collecte du bois de chauffage, un chantier à la gare de Weimar-Nord, des travaux de terrassement, et enfin, au cœur de l’hiver 1944-1945, des journées entières à trimer dans une carrière. Le temps où il parcourait Paris ou la banlieue ouest avec son Brownie Kodak 6/9 doit lui paraître bien lointain.
A compter de juin 1944, le débarquement allié en Normandie change la donne militaire de la guerre, mais sans mettre un terme au calvaire des déportés. En avril 1945, quand les Allemands entreprennent d’évacuer partiellement Buchenwald pour fuir l’avancée alliée, Raoul Minot et des milliers d’autres personnes sont envoyés plus à l’est, au camp de Flossenbürg. Commencé en train, leur périple doit s’achever à pied, dans des conditions épouvantables. Parvenus enfin sur place, ils s’entassent dans un bâtiment de l’usine de fabrication d’avions Messerschmitt. Pas pour longtemps : une dizaine de jours plus tard, les Allemands ordonnent de nouveau l’évacuation ; la fuite plutôt. De 15 000 à 20 000 déportés sont contraints de s’élancer à pied, en colonnes, en direction du sud. Près de la moitié d’entre eux périront lors de cette marche de la mort, le long de routes bientôt jonchées de cadavres.
Quand les Américains interviennent, le 23 avril, il est trop tard pour un Raoul Minot à bout de force et malade du typhus. Les rares documents disponibles datent son décès du 28 avril 1945, dans la ville bavaroise de Cham. A priori, il serait mort dans un hôpital de guerre américain, en homme libre, mais brisé.
De lui, il nous reste avant tout un trésor, 700 photos, et bien des questions en suspens, notamment sur d’éventuels complices. Nous connaissons au moins un homme : Louis Juven. Lui-même a indiqué, dans un document rédigé après-guerre, avoir pris pour la Résistance des photographies des « activités allemandes ». Nous connaissons aussi une femme : Renée Damien, cette vendeuse de parfums dont le nom n’est pas cité dans les rapports de police, mais qui était sans doute dans la confidence.
En regardant de nouveau la collection, en particulier les photos de lieux spécifiques (ponts, carrefours, monuments…), on se dit malgré tout que Minot et Juven n’ont pu agir sans complicités extérieures au Printemps, voire sans « fournisseurs » d’images. Evoquée dans le quatrième volet de cette série, la piste d’un gendarme affecté à des missions de maintien de l’ordre à moto ou à bord d’un side-car, paraît la plus plausible, mais nous manquons de preuves – et de noms – pour l’étayer.
D’autres hypothèses renvoient encore et toujours au Printemps. Que savaient au juste les collègues de Minot et Juven ? Ceux du studio photo développaient-ils d’autres pellicules que les siennes ? Ces questions obligent à revenir une dernière fois dans les coulisses du magasin pendant l’Occupation.
Un singulier jeu d’ombres et de faux-semblants se joue alors dans ces locaux immenses, mais en partie déserts, amputés d’un tiers de la surface de vente (12 000 mètres carrés), en raison de la rareté des clients et des produits. Une minorité d’employés affiche son admiration pour le « modèle » allemand. D’autres refusent de courber l’échine face aux Allemands et aux « collabos ».
Un cadre mesure mieux que personne les pièges de ce huis clos : Edmond Rachinel, le chef du personnel. Un homme courageux, disponible, apprécié de tous. En interne, on le sait prêt à favoriser des mutations expresses, voire à truquer le registre des présences si cela peut faciliter la fuite des résistants ou des réfractaires au service du travail obligatoire, en cas de descente de police ou de la Gestapo.
Arrivé au Printemps en 1926, Edmond Rachinel connaît les rouages de l’entreprise. Il sait qu’au moins deux réseaux disposent de relais au sein du personnel. Dès l’automne 1940, Rachinel a aussi embauché, en connaissance de cause, un agent français, le commandant Madeline, membre d’un réseau de renseignement (Samson) au service de la Résistance. Avec l’accord et le soutien total de Rachinel, Madeline utilise sa couverture d’employé pour recevoir en toute discrétion les responsables des sous-réseaux, et gérer ses actions clandestines. Sans doute est-ce là, dans ce nœud inextricable d’alliances et de secrets, que s’est jouée en partie l’histoire des photos de Raoul Minot.
Est-ce également du Printemps qu’est venue sa chute, ce courrier anonyme posté gare Saint-Lazare, à l’automne 1942 ? Les documents auxquels Le Monde a eu accès ne permettent pas de le certifier ni de démasquer son auteur, mais il fallait être informé aux meilleures sources pour savoir que le « ménage Minot » – l’épouse « caissière », le mari « chef dans une réserve », selon la lettre anonyme – se livrait à de telles activités et que les pellicules étaient développées au magasin. De fait, il y a eu des « collabos » au Printemps. A la Libération de Paris, fin août 1944, des noms ont même circulé. Mais nous n’avons pu découvrir qui avait “donné” Raoul Minot.
Lors de cet après-guerre tourmenté, la seule à se soucier vraiment de la mémoire de l’homme aux 700 photos semble être son épouse, Marthe. A Paris, dans le chaos du retour à la vie, elle remue ciel et terre pour savoir ce qu’il est devenu, s’il est mort ou vivant. Ainsi a-t-elle rempli dès le 6 janvier 1945 un formulaire très complet, une « demande de recherches pour déporté »…
A la ligne « signalement et signes particuliers », il est précisé, au sujet de son époux, « taille 1,77 mètre, assez fort » et ce détail, d’une intimité touchante : « une petite tache de vin dans le dos ». Plus bas, sur la droite de la feuille figure sa photo d’identité. Cette photo est la seule que nous ayons de lui : un homme de belle allure, cheveux blancs et costume noir dont le regard, est empreint à la fois d’assurance et d’une forme de douceur.
En 1947, alors qu’elle a perdu espoir de le revoir vivant et même de récupérer son corps, Marthe entame également des procédures auprès de l’administration, afin d’obtenir une pension de victime civile du conflit. Une enquête de police menée à cette occasion conclut que son mari avait été arrêté en 1943 « en raison de son activité anti-allemande (détention de tracts, de brochures politiques, photographies d’objectifs militaires, d’immeubles réquisitionnés par les autorités d’occupation, etc.) ».
Les termes sont clairs : « Activité anti-allemande ». Et pourtant, Marthe Minot n’obtiendra pas gain de cause. Le 30 mai 1949, au terme d’un processus administratif interminable, un courrier d’une froideur terrible lui parvient du secrétariat d’Etat aux forces armées. Au sujet de Raoul, le verdict tombe : « Aucune activité résistante n’est relevée au bénéfice de l’intéressé à la suite de l’étude du dossier le concernant. »
Des décennies après, ces mots résonnent encore comme une injustice. N’est-ce pas une « activité résistante » que d’oser prendre, dès juin 1940, des centaines de photos à l’insu des nazis ? L’« intéressé » ne s’est-il pas mis en danger à chaque prise de vue ou lorsqu’il écrivait « Fritz » au verso d’une image ? En trois lignes, le voici écarté du tableau d’honneur, condamné à l’oubli. Sa famille, elle aussi, a fini par être oublié. Jacqueline est morte d’une néphrite chronique en 1951, sans avoir eu d’enfant. Marthe, elle, s’est éteinte neuf ans plus tard. Toutes deux reposent dans le caveau familial des Minot, à Montluçon, ville de naissance de Raoul.
Une fois franchi le porche d’entrée du Cimetière de l’Est, il faut remonter l’allée centrale, passer devant le calvaire, et marcher encore un peu. C’est là, sur la gauche, en lisière du carré 5 : une tombe austère et massive, sans fleurs ni objets mortuaires, mais avec vue sur les collines. Sur la partie haute de la stèle figurent les noms de Marthe et de Jacqueline, mais pas celui de Raoul, dont le corps n’a jamais été retrouvé. Au bas de la stèle, leurs proches ont tout de même fait graver dans le marbre l’épitaphe qu’il méritait : « A la mémoire de Minot Raoul, mort pour la France en Allemagne, 1893-1945. »
Philippe Broussard






Le mystère (presque) résolu des photos inédites de Paris sous l'Occupation

Un photographe clandestin qui a défié les Nazis au péril de sa vie, une boîte mystérieuse découverte chez un retraité de l’agglomération chartraine, une vendeuse de lingerie peut-être liée à des réseaux de Résistance… La découverte, puis la publication de photos inédites de Paris sous l’Occupation réunit tous les ingrédients d’un bon polar.

Lorsqu’il se met sur la piste d’un paisible retraité habitant dans la banlieue de Chartres, Albert Hude, spécialiste de la Résistance en Eure-et-Loir, est loin d’imaginer qu’il va faire une trouvaille déterminante. Il explique :



"Cet homme, qui a aujourd’hui 90 ans, a retrouvé, dans les affaires de sa mère, un coffret en bois, contenant 120 photos numérotées et datées."

Ces photos en noir et blanc et aux contours crénelés, selon la mode de l’époque, ont été prises à Paris, pendant l’Occupation entre 1940 et 1941. On le sait parce que… c’est marqué dessus !

Dès le premier coup d’œil, l’intérêt historique de ces clichés saute aux yeux.








N’hésitez pas à visiter la page de l’actualité du mois,
 qui concerne :

            AG 22 janvier 19h au cinéma 
Festival Télérama
Saisons Hanabi
Université populaire du pays de Vierzon
Café repaire
Médiathèque Vierzon
Activité Echecs
Micro-Folie (Espace Maurice Rollinat)
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Palestine 18 à Vierzon
Nouveaux tarifs Ciné Lumière
Cours de cinéma en ligne ciclic


ACTU DU MOIS (JANVIER) :

(Depuis le début du blog:)

Les pays où le blog est le plus regardé (évolution):

le dernier mois:
  (Les Etats-Unis avant la France! Confirmation de Singapour...)





la dernière année:
         (Singapour avant les Etats-Unis!)




depuis le début:









En 2023, le blog a franchi le cap des 400 000 vues:





En 2021, le blog a franchi le cap des 300 000 vues:









LE SAVEZ-VOUS?
(La réponse s'obtient en cliquant sur les images)

"Parler pour tout dire."

               
 Ça concerne quoi?



         






COMPLEMENTS, PROGRAMMES, PHOTOS, BANDES ANNONCES,...
    Cliquez sur le lien ou sur l'image.

http://cinelumiere-vierzon.info/



Vous n'avez pas manqué de remarquer la rubrique ART ET ESSAI... et le lien
CINE RENCONTRES.







Carte d'adhérent

(Actuellement en période de transition: info peut-êttre périmée, s'adresser à la caisse pour plus de certitude)


 Tarif de 5,50 euros sur présentation de la carte d'adhérent de Ciné-rencontres à la caisse.  (Ce tarif est appliqué uniquement sur les films sélectionnés dans le programme de Ciné-rencontres.)
N'hésitez pas à nous la demander.
Rappel du tarif d'adhésion: 10 euros pour un an (de date à date) avec possibilité d'affilier 2 personnes si on le souhaite pour ce montant (chacune aura sa carte, ce qui revient à 5 euros l'adhésion avec cette option couple" au sens très large: amis, relations,...). 5 euros pour étudiant ou chômeur (possibilité également d'adhésion "couple", ce qui revient alors à 2,50 euros).
Ne vous souciez pas de la date de renouvellement: nous vous contacterons le moment venu. 












Vous pouvez remplir cette fiche chez vous, après l'avoir copiée et collée (par exemple) dans un traitement de texte (Word,...). 


Merci pour votre soutien. 

















Précision utile: les séances Ciné Rencontres sont ouvertes à tous, et pas seulement aux membres de l'association. Même chose pour notre pot d'après débat.







Facile de nous trouver. Il suffit de taper "cinégraphe" sur Google par exemple...
(capture d'écran du 27 septembre 2017).










Tiens... tiens... "abondante et variée"... Et si Ciné Rencontres y était un peu pour quelque chose en fin de compte?...



RADIO TINTOUIN




Radio Tintouin
Auberge de jeunesse
1 place F. Mitterrand
18100 Vierzon

02.48.75.30.62
www.radiotintouin.org


Nous y sommes régulièrement invités pour présenter le jour-même de sa projection le film du vendredi soir. 
Le film de la semaine est chroniqué (annoncé) par John et/ou Edwige et/ou moi (selon disponibilités) cinq fois dans la journée du vendredi où le film passe. 

Horaires des annonces Ciné Rencontres le vendredi:

9h15  12h15  14h15  16h15  17h25








BR 4 10 2022



BR 6 10 2021



BR 23 11 2021



LES TARIFS AU CINE LUMIERE



            séances



5,50 euros pour les films Ciné Rencontres sur présentation d'une carte valide.
(films Ciné Rencontres: les films avec débat + les films labellisés Ciné Rencontres)








COURS DE CINEMA CICLIC



Upopi vous présente son cours de cinéma en ligne !
Apprenez et jouez avec les plus grands cinéastes.

Upopi, l’Université populaire des images, propose un cours de cinéma en ligne. Initié par Ciclic, ce cours accompagne les internautes souhaitant pratiquer l’analyse filmique. Cinéphiles, médiateurs, enseignants ou élèves, apprenez le vocabulaire cinématographique en vous amusant grâce à :

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